Engins de guerre ou messagères interplanétaire ?

10 avril 1950
Engins de guerre ou messagères interplanétaire ?
Engins de guerre ou messagères interplanétaire ?
Un peu partout, depuis quelques mois, l'on signale le passage dans le ciel de disques brillants, apparemment propulsés par fusées, qui se déplacent avec une très grande rapidité et dont il n'a pas été possible, jusqu'ici, de déceler l'atterrissage éventuel ou de découvrir les débris au sol.
Les rieurs ont aussitôt opéré leur concentration. Ils se sont ligués avec une surprenante unanimité contre tant de naïfs en proie à une imagination aussi collective que déréglée. Ils ont évoqué la mémoire des grands farceurs, le monstre du Lock-Ness, les oeuvres de Wells... Poussant leurs offensives, ils ont assuré qu'il y avait là une série d'erreurs optiques sensationnelles: les dénonciateurs et les «dépisteurs» ont pris pour une «soucoupe» le disque de la lune, le point brillant de Vénus, des ballons-sonde en matière plastique ou bien encore certain prototype d'avion de chasse de la marine des Etats-Unis, l'appareil dénommé «V. 173», au corps aplati et fort large, si large qu'il constitue à lui seul une sorte d'«aile volante» munie de plans très réduits.
Ces sceptiques ont trouvé dans la presse des secours précieux. Nombre de nos confrères ont fait chorus avec eux, de peur, sans doute, de passer pour des «poires». Notre spirituel ami le «Passant» a même déclaré dan «La Suisse» qu'il y avait loin de la «soucoupe aux lèvres».

ET POURTANT...
Nous ne pensons pas être plus crédules que les autres. Et cependant, nous ne concluons pas volontiers en l'occurrence à un phénomène de suggestion collective. L'aviation à réaction a très rapidement cessé d'être un mythe. Pourquoi certaines recherches de ses animateurs, demeurées secrètes pour des raisons d'ordre militaire, ne seraient-elles pas en passe, par la force des choses, d'être divulguées... du «visu» ?
Récemment un ingénieur italien s'est diverti à lancer en l'air un disque d'aluminium pourvu de petites fusées. L'engin a accompli quelques évolutions avant de s'écraser sur le plancher des vaches. Dans l'intervalle, le plaisantin avait photographié la «soucoupe-miniature» qu'un illustré mit, en riant sous cape, sa coquetterie à reproduire.
Mais? Mais des «soucoupes» ont été signalées aux Etats-Unis, au Maroc, en Syrie, en Egypte, au Mexique, au Portugal, en Autriche. En faut-il conclure que les déments se multiplient sur tous les points du globe? Doit-on qualifier de «fumistes» le pilote américain Kenneth Arnold et ses deux passagers qui, volant à la périphérie de Washington aperçurent le 24 juillet 1947 une escadrille de 9 disques brillants évoluant en vol serré au-dessus des crêtes du Rainier? Faut-il railler, par dela sa mort héroïque, le pilote de chasse américain Mantell qui se mit à la poursuite d'une «soucoupe», en décrivit par radio les particularités en périt, son avion ayant «éclaté» en l'ai au moment où il se rapprochait de l'engin tout enrobé de gaz de combustion? Certes, il est advenu qu'un appareil à grande vitesse se désintègre en l'air par vice de construction ou bris accidentel d'une pièce essentielle. Remarquons toutefois que le monoplace de Mantell était d'une robustesse à toute épreuve et qu'il appartenait à une série militaire hors de discussion.
Le dernier témoignage oculaire remonte au 20 mars dernier où deux pilotes civils aperçurent une «soucoupe» en plein vol, baignée d'une lueur orangée, au-dessus de l'Etat d'Arkansas.

L'OPINION D'UN SPECIALISTE
Ces faits, assez troublants à tout prendre, nous ont engagé à l'ire de fort près le passionnant volume intitulé l'«Astronautique» (1) de l'ingénieur Alexandre Ananoff.
Ce livre est une véritable somme de toutes les connaissances acquises depuis un demi-siècle dans l'aviation en général et dans la navigation interstellaire en particulier. Tout en nous conduisant dans un monde étrange et merveilleux, M. Ananoff ne sombre jamais dans les errements du chimérique. Il analyse et dépeint tous les éléments les plus scientifiques de la navigation interplanétaire. 
Jean Nicollier.
(Suite page 4)

(1) 1 vol. illustré. (Arthène Fayard, Paris.)

(Suite de la 1re page)

Dans ces 500 pages d'où l'ennui se trouve banni, les «soucoupes volantes» ont leur chapitre. Prudent... jusqu'à l'excès, M. Ananoff tient compte de tous les arguments des sceptiques sus-mentionnés. Il admet, toutefois, que la commission américaine secrète préposée à l'étude de cette énigme, a d'excellentes raisons de signaler l'existence d'«appareils mystérieux de forme circulaire, renflés en leur centre». Ces soucoupes, dont l'existence a été reconnue par des pilotes militaires de la base de Godman, sont ou de petites dimensions - une simple assiette mais munie d'un appareil du genre «radar», soit de grande taille - jusqu'à 70 mètres de diamètre. Dans ce dernier cas, elles portent un équipage, sont aptes à faire du «surplace» ou tout au contraire à se déplacer à grande vitesse. Il semble qu'on ait là des engins de guerre soit montés par des pilotes, soit radioguidés et ramenés à leur point de départ puisque jusqu'à présent aucun vestige de «soucoupe» n'a été découvert sur un point quelconque de la croûte terrestre.
Dans cette nouvelle «course aux armements» deux pays peuvent seuls avoir joué un rôle: les Etats-Unis et la Russie soviétique. Nous pencherions pour le second, dont la préparation militaire est énorme quoi qu'en pensent les optimistes-pacifistes.

VISITEURS D'AUTRES PLANETES
Parmi les commentaires suscités par les «soucoupes», relevons ceux des «poètes» qui ne veulent pas voir que la guerre est peut-être pour demain. Ces autruches d'un nouveau style se cachent la tête dans les sables de leurs chimères. Elles se rassurent en déclarant les «soucoupes» originaires de Mars ou de Vénus et venues en visiteuses. Faut-il vraiment leur rappeler que les astronomes et que l'analyse spectrale ont établi que ces planètes «jouissent» d'une atmosphère absolument différentes des nôtres et que l'«habitabilité» n'en est certes point la qualité première: qu'il s'agisse de Mars l'énigmatique ou de Jupiter toujours enveloppée de nuages et de gaz inconnus de nous.
Si des êtres y vivent, ils seraient d'une texture et d'une conception absolument étrangères à la race humaine. Les «soucoupes» ne suffiraient pas à combler les «distances».
Conclusion: S'il y a soucoupes, il ne peut s'agir que d'engins de guerre. Dans ces conditions, l'humanité n'a pas fini de rire.
Jean Nicollier.
Source: 
Gazette de Lausanne

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