La question des soucoupes volantes

24 août 1954
La question des soucoupes volantes
La question des soucoupes volantes
Les services officiels suisses ne s'en désintéressent pas

Notre correspondant de Berne nous écrit:
Il y a quelques jours, l'«alerte aux soucoupes volantes» a été données, une fois de plus, dans l'opinion publique. A la mi-juillet déjà, une passante aurait vu, dans le ciel bernois, évoluer des disques clairs. Mais surtout, les journaux ont annoncé qu'un employé de la ville de Zurich, au militaire officier de l'aviation, ayant aperçu un de ces mystérieux engins, aurait communiqué ses observations aux autorités compétentes, à Berne.
Aussitôt des gens se sont demandé si, dans les bureaux officiels, on prenait au sérieux ces «visions» et si l'on perdait du temps à s'occuper de ce nouveau «serpent de mer» que sont les soucoupes ou les cigares volants.
Eh bien! oui. Depuis plusieurs années, le service de l'aviation et de la défense contre avions au département fédéral militaire recueille de la documentation et des observations, constitue des dossiers, soumet les faits qu'on lui rapporte à un examen critique et retient ce qui lui paraît fournir les éléments d'un problème encore fort embrouillé et complexe, sans se prononcer sur l'une ou l'autre des hypothèses émises déjà, par des esprits fort équilibrés, en quête d'une solution.
Que, dans bien des cas il s'agisse effectivement de «vision» ou d'hallucination, on en convient. A l'étranger, par exemple, il suffit souvent que quelqu'un affirme avoir vu une «soucoupe volante» pour que se multiplient les observations. Il faut donc se montrer fort prudent, en particulier lorsque les témoins appuient leurs dires de photographies. C'est Berne, justement, qui reçu un jour la très belle image d'un disque aérien évoluant au-dessus de deux Mythen. Il s'agissait d'un très habile truquage qu'on eut beaucoup de peine à déceler. Mais on y parvint et le fumiste avoua.
Pourtant, dans les dossiers, il y a un ou deux rapports auxquels on ne peut d'emblée refuser du crédit. Leurs auteurs donnent par leur caractère et surtout par leur formation professionnelle - il s'agit en premier lieu d'aviateurs instruits en météorologie et qui ne confondront pas un ballon-sonde d'un engin volant - des garanties suffisantes. 
Donc, pour l'instant, on est d'avis que la question mérite d'être suivie.
~~~
De fait, l'apparition dûment constatée de «soucoupes» ou plus exactement de disques volants dans l'espace aérien ne bouleverserait pas les notions actuelles de l'aérodynamique. L'idée de lancer à travers l'espace des corps plus lourds que l'air en forme de lentille ne date pas d'hier. On l'a découverte en 1858, reprise quarante ans plus tard par un ingénieur italien, Capazza, qui projette un «dirigeable lenticulaire».
Entre les deux guerres mondiales, un ingénieur français fait d'intéressantes expériences au laboratoire Eiffel et crée un modèle réduit de double soucoupe volante. En 1929, la Commission pour les études aéronautiques en Amérique du Nord (la N.A.C.A. comme on la désigne là-bas) arrive à la conclusion, après une série d'expériences et d'essais dans la soufflerie, que le disque aux faces convexes serait un «corps volant» idéal, à condition qu'on y adapte un propulseur.
Aujourd'hui, comme moyen de propulsion, on connaît, on utilise le réacteur. La combinaison de ces deux éléments a-t-elle déjà donnée naissance à la «soucoupe volante», sans que les inventeurs de l'engin aient jugé bon d'en informer l'opinion? En tout cas, en théorie, la construction d'une soucoupe volante est possible. On sait maintenant qu'elle fut étudiée sérieusement en 1942, par l'Allemagne et l'Italie. Selon un professeur allemand réfugié aux Etats-Unis, on avait même passé à la réalisation, dans une usine de Silésie, lorsque la débâche hitlérienne et l'arrivée des Russes anéantirent le travail déjà fait.
L'expérience est reprise actuellement par le Canada qui s'apprête, affirme-t-on, à fabriquer un grand disque à mouvement giratoire, qui sera projeté dans l'espace.
Toutefois, le simple fait que la soucoupe volante ne pose pas au savant un problème insoluble ne suffit pas à expliquer les observations signalées jusqu'à présent. Et c'est ici que le mystère commence.
D'abord relevons que l'apparition de soucoupes volantes (puisqu'il faut bien se résigner à employer ce terme, alors que, plus raisonnablement, les Américains parlent d'«objets volants non identifiés») est signalée, depuis 1947, dans de très nombreux pays, en Amérique et en Asie, comme en Europe, sauf dans ce que nous appelons le monde de derrière le rideau de fer. On n'a pas connaissance d'observations faites en U.R.S.S., ni dans aucun pays satellite. Les plus nombreuses toutefois, parviennent du Nouveau-Monde et sont tenues, par les uns, pour la preuve de faits extrêmement troublants, par les autres pour de simples mystifications, peut-être même pour une tromperie délibérée, destinée à maintenir un état d'inquiétude et d'alarme; à moins qu'il ne s'agisse, disent les troisièmes, d'une interprétation erronée de phénomènes parfaitement naturels.
Je rappelle ici quelques-uns de ces faits, déjà publiés mais peut-être inconnus d'un certain nombre de lecteurs.
Le plus impressionnant et certainement celui que l'on nomme «l'affaire Mantell». La voici en bref :
Le 7 janvier 1948, la police d'Etat américaine est alertée. Un énorme engin volant, non identifié, se dirigeait vers la base militaire de Fort Knox, dans le Kentucky. Le commandant avisé donne l'ordre à une patrouille de chasse aérienne d'établir le contact. A 15 heures, le capitaine Mantell, chef de la patrouille, annonce par radio à la tour de contrôle qu'il était en vue d'un disque, de très fort diamètre, apparemment en métal, qui évoluait au-dessus de lui. Il espérait pouvoir s'approcher encore, bien que la «chose» ait augmenté sa vitesse. S'il ne pouvait réduire la distance il abandonnerait la poursuite.
Une demi-heure plus tard, la tour tenta de reprendre contact avec l'avion de Mantell. Elle ne reçut pas de réponse et plus tard seulement, on retrouva les débris de l'appareil, qui semblait s'être disloqué en plein vol, et le corps du malheureux capitaine, mort dans des circonstances qui n'ont jamais été officiellement éclaircies.
Puis, c'est, une nuit, à Washington que les observateurs aperçoivent plusieurs disques lumineux qui évoluent au-dessus du Capitole. Chose remarquable, trois postes de radar enregistrent le passage de ces engins. Ils apparaissent sur l'écran, y marquent leur trace lumineuse, puis disparaissent subitement pour réapparaître. Il faut en conclure qu'ils sont doués comme certains insectes, d'une faculté mystérieuse, celle de l'accélération brusque. Ils passent ainsi, en quelques secondes seulement, d'une vitesse simple à une vitesse quadruple ou sextuple. Ils montrent aussi une extrême souplesse d'évolution, revenant sur la trajectoire, par une conversion à 90 degrés, en un temps infime.
Ces particularités, qui déroutent toutes les notions de la science humaine, ont amené le major américain Donald E. Keyhoe, auteur d'un ouvrage sur les soucoupes volantes, à conclure à leur origine extra-terrestre.
Enfin, au début de juillet, un photographe norvégien montait en avion pour filmer l'éclipse de soleil, particulièrement visible dans les pays du nord. Le film fut développé à Londres et, sur une série d'images, on eut la surprise de découvrir deux taches claires, elliptiques. La presse cria aussitôt aux soucoupes volantes.
Interviewé, l'opérateur affirma n'avoir lui-même rien remarqué dans le ciel qu'il photographiait et déclara qu'il s'agissait probablement d'un phénomène de réflexion.
~~~
Car c'est là une des explications données par ceux qui refusent de croire aux soucoupes volantes. L'an passé, une revue française d'aéronautique citait l'opinion du professeur Menzel de l'université d'Harvard pour lequel les phares d'autos, le soleil, les avions brillant dans le ciel peuvent être réfléchis par les nuages ou les couches d'air d'un indice de réfraction différent. Ainsi ces disques, ces traînées luminescentes que certains ont observés dans le ciel ne seraient que les images réfléchies ou réfractées d'une source lumineuse.
On dit aussi que les ondes de radar, lorsqu'elles parviennent dans une couche fortement ionisée, peuvent être réfléchies. De la sorte, l'écran du radar s'animerait sans que l'onde hertzienne ait frappé un véhicule volant qui la renverrait en écho.
Toutefois, si cette hypothèse vaut dans de nombreux cas, elle n'explique pas ces sortes de queues lumineuses que plusieurs observateurs ont constatées et qu'ils attribuent aux gaz enflammés éjectés par les réacteurs, comme d'un puissant tuyau d'échappement.
En Amérique du Nord, toujours, on s'efforce d'établir la réalité de ce phénomène, puisque l'on se propose d'en fixer l'image sur film afin d'obtenir la matière d'une analyse spectrale d'où le savant pourrait tirer de fort utiles renseignements sur la source chimique de cette combustion.
~~~
On le voit, les faits connus jusqu'à présent ne permettent pas de se prononcer. Une affirmation appelle presque toujours une explication qui la détruit ou du moins une hypothèse qui suscite le doute. Il faut dire d'ailleurs que l'argument le plus fort des sceptiques, c'est bien celui-ci: depuis le temps que l'on signale ces fameuses soucoupes volantes, il est surprenant que jamais, avec les avions dont on dispose aujourd'hui, il n'ait été possible de s'en approcher. Plus encore, comment se peut-il que jamais un de ces engins n'ait connu l'accident et ne soit, contre la volonté de ceux qui le guidaient, venu se poser à un endroit où l'on aurait pu l'observer à loisir?
Aussi, malgré certains témoignages d'une entière bonne foi, on comprend que les esprits positifs et raisonnables se refusent aussi bien à l'affirmation qu'à la négation. Jusqu'à plus ample informé, ils laissent la question ouverte. Mais, cette information, ils la cherchent et c'est bien pourquoi, le service de l'aviation et la défense contre avions, à Berne, reçoit avec reconnaissance tout ce qui peut compléter ses dossiers.
Source: 
Feuille d'Avis de Neuchâtel

Pas encore de compte? Inscrivez-vous!

Soutenez le projet en demandant un accès personnel. En plus d'assurer la pérennité du projet, vous bénéficierez de plein d'avantages.
> En savoir plus