La soucoupe des troupes de D.C.A. était un ballon-sonde un peu farceur...

16 novembre 1954
La soucoupe des troupes de D.C.A. était un ballon-sonde un peu farceur...
Ouf! Les Martiens ne sont pas encore près de débarquer de leurs soucoupes pour s'intéresser momentanément à un caquelon rempli d'une fondue fribourgeoise. Ils ne songeaient même pas à faire peur à nos soldats pourtant braves. En effet, la «soucoupe» observée et suivie au travers des appareils d'optique de l'école de D.C.A. de Grandvillard n'était qu'un ballon-sonde un peu farceur... Précisons que le commandant des troupes n'a fait que consigner ses observations dans un rapport, lequel rapport fut envoyé à Berne. Pendant ce temps, les journaux commençaient à parler. Si bien que M. Lugeon, chef de la Station aérologique de Payerne, crut bon de préciser que l'heure de l'observation et l'altitude à laquelle volait l'engin, correspondaient assez bien à la promenade quotidienne d'un ballon-sonde lâché de Payerne...
Ce matin, par téléphone, nous obtenons les renseignements complémentaires que voici: la station d'aérologie de Payerne fait partie d'une chaînue internationale de postes d'observations météorologiques dont les données regroupées permettent d'établir les fluctuations générales du temps. Ces cartes du temps sont, on le devine, indispensables à la sécurité du trafic aérien.
Outre les observations classiques au sol, la station de Payerne largue chaque jour à trois heures du matin et à quinze heures, un ballon-sonde muni d'un poste de radio émetteur. Les signaux reçus à la station permettent de connaître l'altitude, la direction que prend le ballon, la vitesse du vent, la température, le degré d'humidité de l'air et la pression.
Ces ballons vont souvent fort loin en hauteur et en distance. Et il est normal de les savoir à plus de 10,000 mètres d'altitude. Ils vont souvent atterrir à l'aide d'un parachute dans la région de Munich ou au-delà des Alpes jusqu'à Milan.
Observés à la lunette et nous en avons personnellement fait l'expérience, ces engins semblent suivre des chemins mystérieux. Suivant leur axe de progression, ils semblent demeurer immobiles puis soudain «abattent» à gauche ou à droite comme pris de panique. N'oublions pas que ces ballons, en haute altitude, sont les jouets de courants souvent impétueux et que dans une lunette, le déplacement latéral apparaît toujours très rapide.
Enfin, le soleil peut donner à la sphère de caoutchouc mille forme différentes. Il suffit que le ballon brille pour que le centre apparaisse argenté et les bords orangés. Les ballons sont en effet généralement de couleur orange. Sous un autre angle, l'on ne verra qu'un mince croissant brillant, puis peu après une sorte de gigantesque halo.
D'innombrables ballons-sondes sillonnent les hauteurs quotidiennement. Il est donc facile de les confondre avec les soucoupes... Ajoutons que, dans le cas particulier de la Station de Payerne, 80% des appareils lui reviennent après leur découverte en campagne.
Et voilà... Evidemment toutes les précisions possibles n'empêcheront pas d'honorables personnes de croire aux soucoupes, comme les gens du moyen âge voyaient des esprits un peu partout. Chaque époque a ses fantômes à sa mesure.
J.-P. MAC.
Source: 
La Nouvelle Revue de Lausanne

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