A la suite de l'émoi causé par une recrudescence de soucoupes au-dessus de la Suisse

15 octobre 1954
A la suite de l'émoi causé par une recrudescence de soucoupes au-dessus de la Suisse, on vient d'apprendre que la Défense Aérienne du Territoire étudie la question depuis cinq ans. et qu'elle s'est faite une opinion.
Les conclusions de la D.A.T. sont assez proches de celles fournies par le premier rapport américain de 1947. Les soucoupes volantes sont dues, pour un fort pourcentage:
1° à des illusions d'optique.
2° à l'observation d'objets qui n'ont rien de mystérieux, tels que avions à aile delta ou ballons-sondes, ces derniers de plus en plus utilisés pour l'étude des rayons cosmiques :
3° à des phénomènes naturels, tels que la formation de boules de foudre (on a observé aussi des choses aussi inattendues que la formation de boules de toiles d'araignées qui, emportées par le vent et brillant au soleil, peuvent faire croire à des soucoupes volantes).
4° à des tentatives délibérées de mystification et à des hallucinations, collectives ou non.

Les informations américaines sont volontairement incomplètes. A cela, il faut ajouter des engins téléguidés en provenance de centres d'expérimentations tels que Peenemunde. Il n'en demeure pas moins que 20% environ des observations n'ont pas reçu d'explication. Sur ce pourcentage, Suisses et Américains sont d'accord, ce qui nous donne 2.000 soucoupes.

Sur les passages de soucoupes aux Etats-unis, les Suisses n'ont guère que les informations publiées par les Américains. Elles sont incomplètes... volontairement incomplètes sans doute... et ne permettent pas de porter un jugement. Sur les passages au-dessus de leur pays, les Suisses ont au contraire des informations personnelles. Avec plusieurs nations d'Europe, ils ont procédé à des échanges de renseignements.

La Défense Aérienne du Territoire, sauf observation par ses soins, n'a retenu que les témoignages de personnes qui, par leur profession ou leur formation, étaient susceptibles d'une description précise. La première pièce du dossier, qui en comporte 400, est un rapport sur la soucoupe volante (une des premières en Europe) repérée en 1947 par les techniciens de la tour de contrôle de l’aérodrome de Peretola, près de Florence en Italie. La soucoupe volait entre 2.400 et 2.800 mètres, à une vitesse calculée de 1.200 kilomètres-heure, selon une direction Nord-Est-Sud-Ouest ; puis l'engin vira à angle droit au-dessus de la côte vers le Sud-Est avant de disparaître.

La première observation retenue comme valable en Suisse même est celle du colonel Eggenberger, en septembre 1949. Le colonel Eggenberger était météorologue et instructeur d'aviation. La vitesse, l'altitude, l'aspect général, la direction étaient les mêmes dans les deux cas.

Une application du trop célèbre V2.
Pour la D.A.T., les soucoupes volantes existent... pour la raison suffisante qu'elles sont techniquement possibles et que la première a pris l'air à Prague, le 14 février 1945, très exactement.
Cette soucoupe qu'on appelait alors "avion disque" ou "aérodyne lenticulaire" était l'oeuvre de l'ingénieur allemand Miethe. A la même époque était en construction à Breslau, dû celui-là à deux autres ingénieurs allemands Habermohl et Schriever. On tient pour exactes les déclarations faites au sujet de ces deux engins par l'ingénieur Klein, qui était alors un des collaborateurs de Speer, le ministre des Armements.
Miethe est connu pour avoir collaboré à la réalisation des V2. Il s'est réfugié aux Etats-Unis, Habermohl a disparu, mais on le croit en U.R.S.S., Schriever, resté en Allemagne est mort l'an dernier, à Breslau. L'idée même de la soucoupe est un principe de physique extrêmement simple : si vous créez sous un disque un souffle assez puissant, ce disque se soulèvera et restera immobile dans l'air, en tournant sur lui-même. Si vous parvenez à canaliser dans un sens ou dans un autre le souffle que vous avez crée, vous imprimerez à votre disque le mouvement de votre choix. 
Le souffle assez puissant pour soulever un disque qui peut peser plusieurs tonnes, n'existait pas il y a vingt ans. Il existe aujourd'hui : c'est la fusée. Par ailleurs, dans le domaine de l'aviation pure on a beaucoup étudié la résistance des métaux à la chaleur et aux hautes pressions pour les besoins de l'aviation super sonique. Quant au radio-pilotage, il est entré dans la pratique courante. Ces recherches parallèles ont permis la soucoupe volant e, qui n'est pas autre chose que l'application du trop célèbre V2.

Un engin qui ne peut être dévié ou intercepté.

L'inconvénient du V2 était sa lenteur relative. La forme lenticulaire de la soucoupe permet des vitesses bien supérieures, de l'ordre de 2.800 à 3.600 kilomètres à l'heure. Il est probable qu'on fera mieux mais déjà à cette vitesse aucun vent ne peut plus dévier pratiquement impossible de l'intercepter.
Il est peu probable qu'une soucoupe volante ait jamais transporté un être humain, mais la chose est - ou sera - du domaine des possibilités, le seul problème à résoudre étant celui de la stabilité de la cellule intérieure et l'isolement de la cabine, afin de mettre le ou les passagers à l'abri des températures élevées provoquées par le frottement.
Pour l'actuel, les soucoupes paraissent être unique ment téléguidées. Elles sont dotées d'un système d'autodestruction par auto-carburation (là encore rien de nouveau), ce qui explique qu'on n'ait que rarement recueilli des débris de soucoupes volantes au sol. Toutefois il serait inexact de dire qu'on n'en a jamais recueilli.
L'aérodyne lenticulaire de Miethe avait un rayon d'action de 1.200 kilomètres et avait été conçu de telle façon qu'il devait revenir à son point de départ... Il ne revint jamais et ses restes furent recueillis au Spitzberg par un commando canadien. (Or c'est au Canada que l'ingénieur Frost construit actuellement - et ouvertement - une soucoupe volante à laquelle on a déjà donné le nom poétique de "punaise volante". D'autres débris de soucoupes furent recueillis en Bavière en 1948, d'autres encore dans l'île Bornholm, en 1951.
Pour repérer une soucoupe volante et juger surtout de sa vitesse et de son altitude, il faut un oeil professionnellement exercé. Un profane peut se tromper de bonne foi et ses erreurs d'appréciation aller facilement du simple - au quintuple. Les questions de couleur ont peu d'importance car elles dépendent essentiellement du milieu environnant. Le radar, lui-même, n'est pas irréfutable : certains phénomènes d'ionisation de l'atmosphère créent des "masses" perceptibles, au radar.

Mystérieux parce qu'on le veut bien.

Un facteur important est la direction générale des trajectoires (bien qu'il faille tenir compte seules les trajectoires peuvent nous renseigner sur l'origine de ces engins.
La D.A.T. suisse se refuse formellement à croire à un phénomène extra-planétaire. L'univers sidéral a traversé, il y a un million d'années une période extrêmement troublée dont nous percevons actuellement l'écho lointain, d'où une surabondance de météores (encore un élément d'erreur !). Mais la soucoupe volante, elle, est bien terrestre. On a observé quant aux trajectoires plusieurs constantes – sur lesquelles on est évidemment très discret, mais qui permettent de situer, sans grande marge d'erreur, nous a-t-on dit, les différents points de départ de ces engins "qui ne sont mystérieux que parce qu'on le veut bien".

Une terrifiante arme de guerre.

A quoi peut bien servir une soucoupe volante,
C'est évidemment la question qui vient à l'esprit. C'est d'abord dit-on à la D.A.T, un engin d'observation de tout premier ordre. La faculté qu' elle a acquise de revenir à son point de départ., en fait le meilleur et le plus rapide des agents de renseignements. Elle peut photographier un dispositif, des mouvements de troupe et rapporter des photos. Elle est sans doute capable de détecter des nuages radioactifs. On a dit qu'une soucoupe volante aurai
t lancé des tracts. (anti-communiste) en Autriche ; on a aucune précision mais la chose est possible : n'a-t-on pas utilisé au cours de la première guerre mondiale des obus lance-tracts ?
En tant de guerre, la soucoupe risque d'être moins anodine. Amélioration du V2, elle serait un redoutable instrument de bombardement. Elle pourrait devenir le transporteur désigné de la guerre bactériologique. sans omettre que la seule apparition d'un groupe de soucoupes suffirait sans doute à jeter la panique
Source: 
L'EST RÉPUBLICAIN

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