Les soucoupes volantes et la physique

15 janvier 1955
Les soucoupes volantes et la physique
Que peut bien penser un physicien des soucoupes volantes dont on parle si généreusement de toutes parts depuis des mois, voire des années?
A cette question, le physicien répondra: Que sont les soucoupes volantes?
C'est en effet ce qu'a répondu, lors de la dernière séance de la Société vaudoise des sciences naturelles, le professeur Robert Mercier, de l'Epul.
De fait, les témoignages rapportés sont d'une déconcertante diversité: formes, dimensions, couleurs, tout diffère selon l'observateur. Toutefois, on s'accorde généralement sur certaines particularités de leurs déplacements: les soucoupes volantes filent avec une très grande vitesse; cette vitesse n'est pas uniforme, mais accélérée et même fortement accélérée; enfin, les engins sont sujets à de brusques changements de direction qui témoignent d'une grande maniabilité.
M. Mercier examina ces trois propriétés remarquables au double point de vue de la technique et de la théorie. Quand à la célérité d'abord, il n'y a rien d'extraordinaire: des projectiles dépassant actuellement, et de beaucoup, la vitesse du son; certains même se déplacent à des allures rappelant la vitesse de chute des aérolithes. Il faut toutefois remarquer que tous ces corps ultra-rapides produisent du bruit, de la chaleur et de l'électricité. C'est l'effet propre aux lois fondamentales de la physique que M. Mercier a rappelé fort opportunément à ses auditeurs.
A supposer une vitesse quintuple de celle du son, l'augmentation de température atteint 3000 degrés: que le séjour doit être peu confortable dans les soucoupes volantes!
D'autre part, selon un phénomène physique bien étudié, les corps ultracélères produisent une onde particulière dégageant un bruit qui n'est pas sans rappeler celui d'une balle de fusil qui a une vitesse de départ dépassant le double de celle du son. N'étant pas appointies comme les balles, les soucoupes devaient donc produire un bruit plus fort.
Troisième effet d'un corps se déplaçant aussi vite dans l'atmosphère même très raréfiée, les engins volants devraient également dessiner des sillages lumineux dans le ciel, laisser derrière eux des nuages ionisés et des traînées de cristaux de glace.
Reste la souplesse de direction attribuée aux soucoupes. Elle doit nécessairement obéir à des lois physiques strictes, celles de l'inertie, de l'accélération et de l'action-réaction. Pour faire changer de direction à un corps en mouvement, il faut l'action d'une force extérieure, mais celle-ci suscite à son tour une réaction égale à l'énergie fournie: d'où, par exemple, le recul d'une arme à feu, le  changement de direction de deux corps qui se sont tamponnés.
Or, poursuivit M. Mercier, les récits publiés semblent attribuer aux soucoupes volantes des propriétés absolument contradictoires aux lois de l'optique, de l'acoustique et de la dynamique. Elles suivraient des trajectoires paradoxales sans appui extérieur, ne produiraient aucun bruit exceptionnel, n'émettraient pas de lumière sensible.
Que conclura donc le physicien ? N'ayant aucun motif d'admettre des exceptions à des lois solidement établies et qui sont valables pour les corps microscopiques, pour les molécules aussi bien que pour les autres, il considéra jusqu'à plus ample informé avec un scepticisme complet des récits ne correspondant à rien dans l'état actuel de la science.
Sans doute, l'exposé du professeur Mercier aura-t-il déçu ceux qui n'ont eu aucune hésitation à accueillir la version d'engins échappant à toutes les conditions connues. Pour maintenir leur position, il leur faudra trouver le moyen ou bien d'accorder les phénomènes décrits avec les lois admises ou bien démontrer qu'ils obligent à modifier les conceptions scientifiques en vigueur. Ce ne sera facile ni dans un cas ni dans l'autre.
Source: 
Feuille d'Avis de Lausanne

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