Les soucoupes volantes semblent faire l'objet de recherches de part et d'autre du rideau de fer

12 avril 1950
Les soucoupes volantes semblent faire l'objet de recherches de part et d'autre du rideau de fer
Les lignes très générales, donc sommaires, que nous avons consacrées (Gazette du 10 avril) aux «soucoupes volantes» ne constituaient, on le pense bien qu'un prélude à d'autres réflexions. Le problème, en effet, est de taille ; il se pose même avec acuité, quoi qu'en pensent les incrédules.
Un lecteur a bien voulu se déclarer fort «contristé» à l'idée que les «soucoupes volantes» n'étaient pas les messagères d'autres mondes désireux d'entrer en relations avec la Terre et ses habitants.
Le moins que nous puissions répondre, encore une fois, c'est que les planètes du système solaire qui nous entourent... de loin, sont ou des mondes en formation, rongés de cataclysmes, comme Jupiter, comme Saturne, ou des régions désertiques à très faible densité d'atmosphère comme Mars ou Vénus. (Ne parlons pas de la Lune, astre pratiquement éteint, où toute trace de vie semble exclue: ni eau, ni végétation ; à peine un soupçon d'atmosphère.)
Répétons-le : les «observateurs» en soucoupe délégués (?) par les planètes n'auraient avec la race humaine aucune similitude. En outre, à supposer que par le plus fort des hasards, cette hypothèse ait un fondement, rien ne nous indique chez ces intrus l'existence d'intentions amicales. L'homme est un loup pour l'homme. Pourquoi Jupiter nous voudrait-il du bien quand notre prochain nous témoigne des sentiments contraires?

ETATS-UNIS OU RUSSIE?
Un confrère juge hardie la supposition par nous émise aux termes de quoi les soucoupes seraient une invention soviétique. Répondons que, pour la bombe H. ou le sous-marin «atomique», les deux rivaux : URSS et Etats-Unis, poursuivent des recherches analogues dont il n'est plus question de nier la réalité. Il en est de même, sans aucun doute, dans le secteur des soucoupes.
Rappelons à notre confrère que le capitaine Mantell aurait été «descendu» par un disque volant dont, de sa carlingue, il donna par radio une description précise. Pourquoi un officier américain montant un avion de chasse se portant bien visibles les cocardes et les étoiles de l'armée, aurait-il été anéanti par une soucoupe de même nationalité ? Il n'est donc point paradoxal de penser que les deux grands pays se livrent à des recherches parallèles dans ce domaine aussi particulier qu'inquiétant.

ORIGINE DES VOILURES CIRCULAIRES
La stabilité ayant été, au temps de Clément Ader déjà, le grand souci des hommes volants, de nombreuses recherches ont été entreprises en vue de parvenir à l'autostabilité naturelle soit par une répartition idéale des surfaces portantes de l'avion, soit par la création d'une aile que sa mobilité rendrait indépendante de l'ensemble. De l'appareil à ailes décalées l'on passa à «l'avion-canard», puis à l'«Elytroplan», inspiré des élytres que les coléoptères font battre faiblement, à la manière de freins stabilisateurs, au-dessus de leurs ailes proprement dites. De là l'idée du constructeur français de Rougé qui munit son avion d'un stabilisateur surélevé à bras de levier vertical et se livra, en 1936, à des centaines d'atterrissages.
Peu à peu, les techniciens arrivent à concevoir l'avion sans queue ou, tout au moins, muni d'un empennage très réduit. C'étaient les débuts de l'aile volante avec l'AV 10 de Fauvel (Villa-coublay 1935). Maniable et ignorant la perte de vitesse, cette aile triangulaire résistait mal à la dérive latérale et ne savait piquer en force vers le sol, ce qui lui enlevait tout caractère d'engin de combat. Vint ensuite l'avion à court fuselage normal mais pourvu d'une voilure ronde : Handley-Page, Stevon Nemeth, sans parler de l'avion à fuselage tubulaire Stipa-Caproni et, enfin, de certains appareils de guerre allemands des derniers mois du récent conflit.
Nous avons fait allusion, l'autre jour, au prototype V 173 de la marine américaine qui affecte la forme d'une sorte de punaise légèrement renflée au centre pour loger le pilote et la provision de carburant. Enfin l'aile vole pure n'est plus un mythe : les Etats-Unis se livrent à des essais concluants à l'aide de l'appareil de 100 tonnes à réaction dit «Northrop».

LA THESE DES «PRO-SOUCOUPISTES»
Comme on le voit, l'étude des voilures «pures» ou «faible allongement» est déjà ancienne. Elle s'efforce de réduire la résistance aérodynamique, ce que les hommes de l'air nomment la «traînée» de l'aile ordinaire si sensible au fur et à mesure qu'une machine volante approche de la vitesse «sonique».
C'est pourquoi l'ingénieur italien Belluzzo conçut vers 1942 un projet de disque volant dont les deux dictateurs de l'Axe, ayant d'autres préoccupations, firent fi avec un ensemble touchant. On sait, d'ailleurs, que les techniciens du Grand Reich se trouvaient être médusés par l'étude des «projectiles-fusées». D'autres préconisaient les ailes en «delta», formule reprise actuellement par le «Convair» expérimental américain et l'appareil anglais «Avro» 707, prototype d'essai aussi.
Mais il y a mieux - et tous les démentis, légitimes sinon persuasifs, des centres de recherche américains n'y changeront rien. Il y a les «crèpes volantes» étudiées, pour le compte de la marine des U. S. A. par l'équipe de l'ingénieur Zimmermann. Ces appareils d'essai ne sont pas sans analogies avec l'hélicoptère. En fait, il n'y a là rien d'autre qu'une façon de serrer de près un problème du plus vif intérêt : faire voler un appareil «convertible», c'est-à-dire décollant ou atterrissant à la verticale comme un hélicoptère mais détenant la rapidité de déplacement d'un avion à haute puissance.
En dépit de tous les démentis officiels, - narquois ou impératifs - l'avion convertible est à l'ordre du jour dans les centres de recherches de l'aviation nord-américaine. De là à supposer que la «soucoupe volante» n'est pas aussi inexistante que le prétend la Vérité gouvernementale, il n'y a qu'un pas. Et nous le franchissons.
Bien entendu, les Soviets démentent eux aussi. Ils l'ont fait, en particulier, par la bouche ironique de leur ancien ambassadeur à Washington: le célèbre M. Gromyko.
Nous ne ferons pas à l'URSS l'injure de la croire moins «curieuse» d'engins nouveaux que la grande république américaine. Les centres aéronautiques russes ont, en ce moment, sept prototypes d'avions de chasse en pleine période de réalisation. Pourquoi, délibéremment, ignoreraient-ils les «soucoupes»? Pourquoi ne porteraient-ils leur effort que sur la construction en grande série d'avions de combat du type ordinaire... et bientôt périmé?
Jean Nicollier.
Source: 
Gazette de Lausanne

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