Soucoupe volante en Gruyère?

16 novembre 1954
Soucoupe volante en Gruyère?
Le témoignage de l'officier de tir de la place de Grandvillard
(De notre envoyé spécial)

Nous avons pu joindre lundi le capitaine Joos, officier de tir, chef de la place de Grandvillard pour les cours d'infanterie D.C.A. Ce sont ses déclarations précises que nous présentons, dénuées de tout artifice. Elles concordent d'ailleurs avec celles des soldats interrogés dimanche. Le témoignage de l'officier est plus précis en quelques points, car le phénomène survint au moment où, la nouvelle lunette de D.C.A. en mains, il contrôlait le tir de la pièce numéro 1, sise à l'extrémité sud du terrain, du côté de Montbovon.

Les observations du capitaine Joos durèrent de 15 h. 27 à 15 h. 30. le C. 36 remorquant la cible effectuait à ce moment un passage d'est en ouest, sur le terrain, à 600 mètres. Le ciel était clair. Seuls quelques nuages moutonnaient sur les montagnes. Les quatorze pièces balaient un secteur de 30 kilomètres carrés environ et le chef de tir contrôle l'espace aérien afin qu'aucun aéronef étranger à l'exercice ne s'y risque. Auquel cas le tir est interrompu.

Se retournant, le capitaine Joos aperçut des soldats regardant le ciel. Observant aux jumelles, il repère la forme ronde, d'un blanc argenté. Il pense d'abord à un ballon-météo, qu'il connaît fort bien, l'aspect singulier de l'engin lui fait réviser son opinion. Habitué à estimer l'altitude, sur la base d'un Vampire qui s'enclôt dans une circonférence de 12 mètres de diamètre, le capitaine Joos opine que l'objet peut mesurer douze mètres de diamètre et se trouver à 10'000 mètres d'altitude.

Après deux minutes et demie d'observation à la jumelle, le capitaine Joos voit soudain se produire trois éclairs ou explosions, semblables un peu au miroitement soudain d'une glace tournée vers le soleil. Ces «éclairs» se produisent à un intervalle de trois ou quatre secondes, dans la direction nord-est, à une distance de l'objet égale à son diamètre. Ces manifestations ont d'ailleurs été observées par plusieurs témoins et transcrites de façon quelque peu différentes, car les observateurs ne les voyaient qu'à l'oeil nu. A ce moment, l'engin s'inclina, prit une forme elliptique, puis soudainement fila à vive allure, grimpant et disparaissant en direction du nord, s'accompagnant d'une traînée d'un blanc argenté. Cette dernière phase se produisit en moins de trois secondes.

L'accélération soudaine de l'engin exclut la version «ballon-sonde». Un avion classique ne reste pas immobile. Aucun hélicoptère ne grimpe à cette altitude. Quoique connaissant fort bien la question, le capitaine Joos se défend de prononcer le mot de soucoupe volante. S'il est venu à la bouche des 230 hommes présents, c'est que rien, humainement parlant, ne vient pour l'heure élucider le phénomène.
Le capitaine Joos fait parvenir sur ces étranges observations un rapport à l'autorité militaire.
H. G.

Voici ce que publie ce matin notre confrère la «Tribune de Lausanne» à ce sujet:
Nous recevons du poste aérologique de Payerne de la Station centrale suisse de météorologie l'information suivante :

«Votre édition du dimanche 14 novembre signalait une soucoupe volante dans le ciel de Gruyère. Or, nous pouvons vous informer qu'un ballon-sonde de notre station se trouvait, jeudi, à 15 h. 10, à 13 kilomètres au-dessus du Moléson et qu'il se déplaçait à une vitesse de 100 kilomètres à l'heure vers le sud.»
L'heure, la direction et l'emplacement de cet engin céleste semblant concorder approximativement avec les observations faites, on en peut déduire que la soucoupe de Grandvillard était bien le ballon-sonde de notre station nationale de météorologie.
Source: 
Feuille d'Avis de Lausanne

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