Trois compagnies de D.C.A. stationnées en Gruyère ont-elles aperçu une soucoupe volante?

15 novembre 1954
Trois compagnies de D.C.A. stationnées en Gruyère ont-elles aperçu une soucoupe volante?
Il faudra admettre que nos troupes de défense contre avions sont composées de mystificateurs ou d'aimables plaisantins pour nier le «fait nouveau» qui est survenu jeudi dernier dans le ciel de Grandvillard.
C'eût été, peut-être, faire preuve de jobardise, que de sauter sur l'information et de clamer aux quatre vents que les soucoupes volantes folâtrent en Gruyère. L'affaire mérite quelque considération et nous nous sommes rendus sur place.
Il faut savoir que les compagnies de D.C.A. 1, 9 et 13 font actuellement leur cours de répétition au camp militaire de Grandvillard. Or jeudi après-midi 11 novembre, quatorze pièces étaient en position sur la place de tir. Sur ces canons antiaériens sont montés des F.M., qui balaient un secteur nettement délimité, tirant sur une «saucisse» remorquée par un C.36 venu de la place d'aviation de Thoune. L'appareil évolue à une hauteur moyenne de 500 à 600 mètres.

Un objet brillant au Zénith
Il était 15 h. 27. Le canonnier Ory, un Jurassien, qui se trouvait couché, au repos, accompagné d'un camarade appuyé derrière l'une des baraques de la place de tir, aperçut très haut dans le ciel, sur le côté gauche de la vallée, à une perpendiculaire se situant approximativement au-dessus de la gare de Grandvillard, un objet brillant de forme circulaire, immobile. Le soldat cru apercevoir un ballon d'enfant. Il attira l'attention de l'appointé Engel, de la Cp. 9, Jurassien également, habitant Genève. L'objet demeurait statique. On nous le décrit comme étant «argenté» et «transparent». Soudain, il se déplaça à grande vitesse, parcourant quelque cinq cent mètres, puis s'arrêta net. L'app. Engel affirme qu'au moment d'effectuer le déplacement, une sorte de «brouillard bleuté» jaillit sur un secteur réduit de la circonférence.

Regards vers le ciel
Cependant, l'engin mystérieux avait été repéré d'autre part. Les soldats des trois compagnies se trouvaient intrigués par le phénomène. Deux officiers, distants d'un kilomètre environ, et qui n'avaient aucun moyen de communiquer entre eux, repéraient l'engin, affirme-t-on. Il s'agit du commandant de la Cp. D.C.A. 9, capitaine Bauder, conseiller d'Etat de Berne et conseiller national, et du capitaine Joos, officier instructeur des places de tir de Kandersteg et de Grandvillard.
Les soldats, cependant, s'étaient agglomérés en trois groupes principaux. On nous dit notamment que tous les soldats de la section Jeannerat, de la companie 9, observèrent l'objet brillant. L'appointé Engel, qui est au civil chauffeur de poids lourds routier, avait des jumelles de D.C.A. en mains lorsque le phénomène se déplaça une seconde fois, avec la même rapidité, et s'immobilisa brusquement. L'engin, matériel ou immatériel, demeura encore en vue durant deux ou trois minutes. On le décrit ensuite comme s'inclinant, prenant une forme elliptique et disparaissant à la verticale (et non point s'évanouissant derrière les montagnes). A noter qu'à ce moment l'engin, aéronef, soucoupe, apparition... se trouvait, nous a-t-on précisé, à la verticale, au-dessus des baraques du champ de tir.

Concordances... approximatives
Les soldats que nous avons questionnés manifestent leur fois, avec des nuances. Il semble que l'engin fut visible de dix minutes à un quart d'heure. L'observation de chacun ne fut pas constante, on s'en doute. Ceux qui, les premiers, repérèrent quelque chose d'inhabituel dans l'espace aérien, regardèrent durant deux à trois minutes avant d'alerter leurs camarades. Certains n'aperçurent la forme argentée qu'immobile. Moins nombreux sont ceux qui la virent se déplaçant. Au moment où elle disparut, certains témoignages parlent d'une ascension à la verticale; d'autres opinent pour une «disparition». Il est question de «brouillard» ou de «fumée bleutée» qui accompagnait chaque déplacement. On a parlé aussi de «vibration», d'«ondes» pareilles à celles qui apparaissent autour d'un caillou jeté à l'eau.

Ceux qui croient et ceux qui doutent
De deux témoignages les plus circonstanciés, il faut relever qu'ils émanent de personnages qu'on pourrait qualifier «d'antisoucoupes». En effet, l'un et l'autre des narrateurs affirment qu'avant la journée de jeudi, ils se gaussaient des gens qui croyaient aux soucoupes volantes. Des chauffeurs de D.C.A., qui n'ont rien vu, demeurent sur la réserve. Ils veulent ignorer l'événement. Ce serait plutôt en faveur de leurs camarades qui, eux, ont «vu».
Qui, d'ailleurs, a vécu sous le gris-vert, imagine que l'atmosphère d'un cours de répétition n'est rien moins que favorable à la naissance de fantasmagories. On y serait plutôt d'un solide réalisme. Cela n'empêche pas que certains ont même esquissé sur le papier la forme de l'engin aperçu. Et ces croquis sont conformes aux représentations que l'on a vues ici et là des fameuses soucoupes. Il se pourrait qu'on se laissât aller à quelque complaisance, car le «fait inhabituel» se trouvait très haut. Les estimations diffèrent d'ailleurs. L'on parle de 6000 à 10 000 mètres.

L'on voudrait bien conclure...
Les témoignages concordent sur le fait qu'il ne peut s'agir en l'occurrence d'un aéronef classique. On exclut aussi bien la version ballon-sonde; un tel engin ne saurait se déplacer à la vitesse qui fut observée, avec des arrêts subits. On se refuse à penser d'autre part à un canular de cette taille. L'armée à autre chose à faire qu'à fournir les rédactions de copie juteuse... Qu'une hallucination se soit emparée de deux cents serviteurs de notre mère Patrie, du colonel au simple «troubade», dépasse l'entendement.
Alors?
Alors, il n'y a pas de conclusion...
H.G.
Source: 
Feuille d'Avis de Lausanne

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